Avant-propos

Apparemment, la crise du COVID-19 est facile à résumer. Face à une épidémie prévisible, rien n’était prêt et rien n’a été fait comme il fallait.

C’était la faute d’un gouvernement formé d’incapables dont les décisions arrivaient toujours en retard. D’ailleurs, l’opposition l’a bien soulignée en pourfendant des mesures trop faibles et trop tardives quand la crise montait, puis les dénonçant comme excessives dès que la situation s’était améliorée.

L’Europe s’était montrée incapable de commander les vaccins nécessaires pour pouvoir vacciner tout le monde à temps. Elle avait voulu économiser sur la santé en tirant sur les prix, incitant les laboratoires à servir en priorité des clients moins radins. Mais sans ces vaccins, comment aurions- nous fait, nous les Français ?

Les laboratoires pharmaceutiques, qui ne pensent qu’à faire des bénéfices monstrueux, se sont précipités pour vendre des vaccins dangereux qu’ils ont mis du temps à produire en nombre suffisant, malgré de juteux contrats. Mais combien de souffrances et même d’argent ces vaccins nous ont-ils permis d’économiser ?

Revoir les reportages et relire les commentaires permet de prendre conscience de cet état d’esprit qui prévalait, fait d’accusations et de mises en cause permanentes de ceux qui étaient en responsabilité. Pourtant il n’était pas difficile de mesurer combien la charge était écrasante, les décisions à prendre incertaines, les moyens indispensables insuffisants.

Au moment où j’écris, nous sommes dans la cinquième vague épidémique et la sixième est annoncée. La France dispose de tout ce qui est nécessaire en nombres impressionnants : masques, respirateurs, tests, vaccins… Les seuls qui continuent à être gravement malades sont ceux qui n’ont pas pu et surtout ceux qui n’ont pas voulu se faire vacciner. Par quel miracle cela a-t-il pu se produire en étant gouverné par des incapables qui ne pensent qu’à s’enrichir sur notre dos ?

Toutes ces critiques ne correspondraient-elles pas à des opinions préconçues et non à des analyses lucides des faits ? N’avons-nous pas assisté à la mise en accusation permanente de coupables désignés d’avance ?

Mon propos n’est pas de défendre qui que ce soit. Ce qui m’importe, c’est de faire prendre conscience que ce climat de suspicion systématique a empêché d’identifier de vrais problèmes, ceux qu’il nous faut corriger pour bien anticiper la prochaine crise. Le fait qu’on ait manqué de masques n’est pas sans rapport avec ce qui s’est produit lors de la crise de la grippe H1N1. À l’époque, on reprochait aux pouvoirs publics français d’avoir trop dépensé, d’avoir jeté l’argent du contribuable par les fenêtres pour des masques et des vaccins inutilisés. En 2011, un journal titrait « La grippe H1N1 finit en coûteuse fumée ». Il s’appuyait sur une évaluation de la Cour des comptes estimant le coût des vaccins à 382,7 millions d’euros. Une somme dérisoire quand on la rapproche des coûts du COVID-19.

Au lieu de considérer la crise du H1N1 comme une alerte à peu de frais d’un risque majeur qui surviendrait tôt ou tard, nous avons laissé les polémiques nous désarmer mentalement. Pour avoir ressassé que nous avions été trop prudents, nous avons été trop passifs avant que la crise ne nous frappe dix ans plus tard. Les attaques incessantes contre le gouvernement ont affaibli sa crédibilité. Trop de Français ont exprimé leur méfiance en la parole publique, ce qui a retardé la campagne de vaccination.

Nous devons prendre collectivement conscience que la polémique, nourrie de préjugés et souvent violente contre les personnes, empêche la réflexion en profondeur. En cela, elle est terriblement nocive. Croit-on vraiment qu’il aurait suffi d’un autre gouvernement pour que le virus soit terrassé en quelques semaines ? Alors, pourquoi se comporter comme si c’était le cas ?

On peut attaquer le gouvernement, l’Union européenne et les laboratoires pharmaceutiques. Mais quand on prend du recul, on constate qu’ils ont été décisifs dans la lutte contre la pandémie. Ils méritent bien plus les louanges que ce flot continu de reproches dont ils ont été accablés pendant des mois.

Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Prenons le temps de la réflexion puis celui de la construction de réponses efficaces. C’est la condition absolue pour être mieux préparé face aux crises qui inéluctablement surviendront. Servons-nous de ce qui s’est passé pour préparer l’avenir, pas pour régler des comptes.

Haut de page