Les prises dépassent les bornes (chez-soi)

Je vois des incitations à acheter des bornes de recharge rapide pour les voitures électriques. Autant ces bornes sont indispensables sur la route, autant une simple prise de courant est bien souvent mieux adaptée à la maison.

Avec une borne de recharge rapide, la batterie va être chargée en moins d’une heure. Super, mais quel est l’intérêt si ladite voiture reste ensuite immobile durant plusieurs heures (au garage, devant la maison, au travail…) ?

L’autre solution consiste à utiliser une prise domestique. En moyenne, une voiture parcourt quotidiennement 30 km. Avec une prise standard, on récupère environ 10 km par heure de charge. Le besoin est donc de 3 heures de charge par jour, ce qui laisse généralement de la marge, notamment quand on charge durant la nuit.

L’avantage pécunier est non négligeable pour l’utilisateur : économiser le coût de la borne (au moins un millier d’euros) et ne pas avoir à souscrire à un abonnement avec plus de puissance auprès de son fournisseur d’électricité.

Il faut noter le problème de perte de charge qui correspond à la différence entre le courant soutiré au tableau électrique et celui récupéré efectivement dans les batteries. Dans une étude récente, l’automobile club allemand a mis en évidence que la perte est plus importante lorsqu’on utilise une prise domestique et non une borne. Le surcoût peut aller (suivant les performances de charge du véhicule) jusqu’à 120 € / an. Voici un tableau pour quelques voitures électriques :

Perte de charge suivant la voiture et le mode de charge en courant alternatif

Voici les tarifs d’abonnement d’EDF (tarif bleu) :

Si on part d’une puissance au compteur de 6 kVA. et qu’on installe une borne de charge de 11 kW, il faut passer à au moins 15 kVA. En effet, même en chargeant la nuit, il faut garder un minimum de marge, 12 kVA serait trop juste. Le surcoût est alors de 236,28 – 136,12 = 100,16 € par an. Autrement dit, dans le cas le plus défavorable, il va falloir des années pour amortir la différence entre borne et prise. Dans les cas avec le moins de perte de charge la prise coûte moins cher en fonctionnement que la borne.

Pour la collectivité l’avantage est double : pas de bornes à subventionner et surtout, moins d’appels de puissance électrique à une période où l’on craint de ne pouvoir gérer les pointes. Si trop de conducteurs de voitures électriques décident de charger en même temps, mieux vaut que ça soit avec des prises plutôt que des bornes qui font des appels de puissance bien plus importants.

Naturellement la borne de recharge devient indispensable lorsqu’on parcourt régulièrement plus de 100 km par jour. Mais dans la réalité cela ne concerne que peu de gens utilisant leur voiture personnelle.

Un bon compromis est la prise de type Green’Up dont le coût d’acquisition et d’installation ( un peu plus de 200 €) est bien moindre qu’une borne et qui est plus fiable qu’une prise domestique. Elle charge 50% plus vite si le câble de charge de la voiture est compatible

Personnellement, je recharge de jour et non de nuit, car j’ai des panneaux photovoltaïques. Le duo voiture électrique / photovoltaïque est un duo gagnant, surtout en ces temps d’augmentation du coût de l’électricité. Naturellement, le fait que je sois retraité m’aide à gérer la charge durant la journée.

C’est évidemment plus compliqué pour ceux qui travaillent. Ne faudrait-il pas mettre en place cette solution en entreprise ? L’État pourrait inciter les entreprises à investir dans le photovoltaïque si elles installent des prises de courant à disposition des employés dans leurs parkings et garages. Notons qu’il ne serait techniquement pas bien compliqué de couper le service au moment des pointes. Si les fournisseurs d’électricité facturent en fonction de la demande, c’est bénéfique pour tout le monde.

Ce genre d’incitations peut être mis en place pour les logements sociaux. On peut aussi y réfléchir pour les copropriétés, mais comment gérer à long terme un investissement avec des copropriétaires qui peuvent revendre leur bien ? Il manque un tiers capable de porter l’investissement des panneaux et des prises.

Quand je parle d’inciter, je ne pense pas forcément à des subventions. Des prêts à taux zéro ou garantis par l’État seraient déjà intéressants. Les économies et la revente allègeraient les mensualités de remboursement. Au rythme d’augmentation du coût de l’électricité, il se pourrait que l’opération soit rapidement rentable.

Pendant que j’y suis avec les suggestions aux pouvoirs publics, j’aimerais souligner qu’à partir d’une installation de panneaux photovoltaïques produisant plus de 3 kWc on paie des impôts. Psychologiquement, cela incite à limiter son installation alors que c’est insuffisant pour recharger une voiture électrique, surtout en hiver. Il faudrait passer la limite à 5 kWc pour les possesseurs de voitures électriques, voire tous les possesseurs de panneaux photovoltaïques. La perte ne serait vraiment pas énorme pour les impôts (basés sur 29% des injections à 10 cts par kWh injecté) alors que l’État actionnaire unique d’EDF a certainement beaucoup plus à gagner en évitant d’importer très cher du courant, tout en évitant l’utilisation d’énergies carbonées.

Projetons-nous dans un avenir prochain où les voitures électriques pourront réinjecter le courant sur le réseau. À la pointe du soir il serait possible de réinjecter le courant chargé durant la journée grâce aux panneaux photovoltaïques. De quoi limiter la pointe la plus problématique.